Mardi 3 mars 2009
2
03
/03
/Mars
/2009
20:15
Journal d’une année de crise
Jour 1.
Pas d’adolescence, non, une année d’une adulte bercée par les livres. Tiens le 1er jour, c’est le printemps des poètes, Verlaine,
Prévert, Juarroz, mes préférés, plus les autres. Qui tiennent en un mot une émotion, un ressenti. Souffleur d’âmes qui envole ou fait sombrer dans la nuit la pluie noire. Hier soir j’écoutais
Mickael Edwards, ha monsieur Edwards, vous avez bercé mes petits déjeuners très matinaux en parlant de l’émerveillement, de la folle joyeuseté de Shakespeare, et surtout vous m’avez transporté en
me faisant découvrir le Spem in allium. Merci, je crois que cette musique et ses voix furent pour moi une vraie découverte, comme on en a peu. Merci pour tout. Les news sont toujours aussi
mauvaises, j’entends les mêmes ritournelles. Je me rends compte que l’on essaie de sauver un système qui touche à sa fin, mais qu’on ne sait pas quoi mettre à la place. Tristesse de l’impuissance
et du non savoir. J’ai refermé « Pêcheur d’Islande ». Voilà le héros est mort en mer, et sa chérie se désole à terre. Drôle de pays où les hommes ne sont là que 6 mois l’an, toutes ces
générations sacrifiées à la mer ou à l’armée. J’eus aimé une histoire simple, sans histoire d’amour; Pourquoi toujours rajouter l’amour, comme si la vie n’était que cela. Question existentielle.
Vraiment, je suis faite pour Zola. Une blague qui m’a fait rire : Tu te gares à la place de l’église. Oui mais l’église je ma mets où ?
Jour 2.
Temps moyen, journée plongée dans les poèmes des autres, où j’ai cherché désespérément la musique d’un Verlaine. Rien. Je ne sais plus
combien de morts dans un attentat, encore. on m’a envoyé une vidéo sur les talibans en train de découper des têtes comme moi ma tartine le matin, des têtes encore et encore. J’ai coupé le
reportage et je me pose la question. Nous avons mis du temps à sortir de l’inquisition, ils y sont encore. Six cent ans nous sépare, va-t-il falloir attendre 600 ans avant que ça se calme ?
J’ai honte de mon impuissance, j’ai honte de mon confort devant tout cela. Mais que puis-je faire ? Signer des pétitions, dire non au vent qui s’en fout ? J’ai mal à l’âme de ce
désordre, à quand le paradis sur terre ? Et puis je tombe dans « l’élégance du hérisson ». Je suis confuse, mais je n’ai pas l’engouement bienséant. D’abord le Japon ne m’attire
pas plus que ça, il y a dans cette culture des choses qui me dépassent et me laissent froide, le goût extrême, la cruauté. Non je n’accroche pas. Puis une question, êtes vous capable de citer la
suite d’une phrase d’un livre que vous avez aimé si on vous en donne le début ? Moi pas. Et l’intrigue est construite sur une phrase d’Anna Karénine, que les deux antagonistes jettent dans
la conversation et ainsi se reconnaissent. Je ne peux pas y croire, j’arrête de me prendre au roman, je retombe. Plof.
Jour 3.
Frisquet ce matin, attentat en Inde ou au Pakistan contre l’équipe nationale de cricket. Encore, une certaine lassitude me noie. La radio
parle de « fraternité », livre de Régis Debré, ils parlent parlent, du devoir de reconnaissance des droits de l’homme. Et si nous parlions des devoirs de l’homme ? Non, tout le
monde renchérit sur autre chose. Cet après midi j’ai lu un roman jeunesse sur une petite fille, toute petite, abusée par un voisin, un gamin. Tristesse profonde. Et la façon dont est le livre,
qui ne parle pas d’un futur où le sexe pourrait être joyeux. Non rien que de l’horreur, mais ce n’était pas le thème, il faut dire, toujours dire. J’en ai attrapé un autre, « piste
noire » sur un viol collectif, toujours roman jeunesse. Je vais le finir là maintenant, mais tristesse encore. non pas se boucher les yeux comme une autruche. Mais est-ce tout ce que l’on
montre à nos petits ? Ou alors des histoires d’amour à la guimauve, ou du viol. Détresse intense. J’ai lu quelques poèmes à Ambre, mais je ne crois pas que ma lecture de Verlaine ou de
Desnos ne l’ait subjuguée. Dommage, j’aurais bien aimé transmettre ma flamme pour ces deux là. Aller, on reprend la lecture. Tiens mon voisin a coupé ces arbres, l’expert vient vendredi constater
les dégâts occasionnés par les arbres défunts, il va falloir lutter, argumenter, fournir les preuves. Lutte encore à venir pour prouver son bon droit. Fatigue.