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jour 12

Malgré les horreurs débitées à la radio, tout aussi déprimantes que d’hab, avec ces pauvres employés abasourdis de la fermeture de leur usine, allez hop 1200 chômeurs de plus, pas grave c’est la crise, malgré tout cela ce fut une belle journée. Le soleil était là et l’air embaumait le printemps. Et puis, monsieur Lanzmann qui racontait son dernier bouquin, le lièvre de Patagonie. Monsieur Lanzmann, un n ou deux ? Celui qui fut l’amant, l’ami, le compagnon, mais pas l’amour de Simone. Oui lui, je l’écoutais fascinée. Sur le chemin du travail, le débit saccadé de Simone, la mitraillette de paroles. Disait-elle ainsi ses mots d’amour ? Ses petits mots idiots à d’autres mais si chers aux amoureux ? Je ne sais. Mais il me semble qu’un tel débit ne prouve pas une assurance totale, comme si elle avait peur que l’on lui coupe la parole. Qui on ? Sartre ? Elle a tellement navigué dans son ombre que c’est à penser. Mais peut-être que non. Comment une personne si intelligente aurait put-elle manquer d’assurance ?  Moi c’est mon péché d’enfer, mais pas elle, non. Et puis monsieur Lanzmann parle, encore, et il raconte son manque d’assurance. Quoi, lui aussi ? Je rêve, je fabule, j’ai des hallucinations auditives ou quoi ? Mais non, il recommence, il renchérit. Il décrit son manque, son besoin de réassurance comme preuve de talent. Waouh, j’en pleurerais. Lui aussi. Je ne suis dons pas si branque que cela, alors ?

Ce n’est pas le doute mais la certitude qui rend fou. Friedrich Nietzsche
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