Le poussin n'a pas fait cocorico, donc on passe. Quatre heures de voiture permettent de réfléchir, c'est du temps en moins pour lire ou dormir, mais cela autorise une méditation.
Je suis partie sous un grand bleu, les coucous ornaient les fossés de leurs tiges dressées, ondulant au vent. Puis d'un coup d'un seul les coucous ont disparu pour faire place aux
genêts. Des colliers de prunelliers en fleur nimbaient la chaussée, puis le tas de genêts, ras le sol pour se protéger du vent, prenaient la place. Autre lieu, autre flore. Mais aussi autres
cieux, du gris, du brouillard. L'hiver était revenu.
De tout ce temps passé coincée dans l'habitacle, pas question de crise. J'aime pas ma radio préférée le dimanche, j'ai donc écouté de la ziq plein pot, comme j'aime, à m'en rendre à moitié
sourde. Mais côté cogitation, ça part aussi. Je réfléchissais à ma soirée de la veille, au débat autour De sang froid. Je vois bien ce qui me gène, c'est l'opposition bien et mal,
méchants et bons. Ça pose la question, ça me la pose à moi en tout cas, Le mal absolu existe-t-il? Si oui les êtres qui le propagent doivent périr, si non on peut faire autrement. Et mon coeur
tendre préfère l'autre solution. Mais le bien absolu existe-t-il? C'est mon côté matheux qui revient, si plus, alors moins. je pense à Mère Thérésa, côté plus? Je ne sais pas, j'aurais
envie de dire oui mais je ne la connaissais pas personnellement. Et moi, quel est mon côté sombre? Je connais à peu près mes défauts, cela fait quelques années que je me pratique, mais mes
pensées mauvaises, puis-je les accepter, les relever même? Plus dur hein? De se dire, là j'ai été méchante? Ou bonne? Ignace de Loyolla, je ne pratique pas tes exercices spirituels, ni ceux de
monsieur Hadot, que je préfère, donc je ne peux faire le bilan de ma journée chaque soir, en disant ça bien, ça mauvais. Il me semble de voir mon mauvais caractère et de l'accepter, plutôt que
mes actes, et vous?