Utopie : conception imaginaire d’un gouvernement idéal. Ça fait rêver, non ? Moi, j’en rêve d’un gouvernement humaniste, pas à petite échelle, non mondiale. Serais-je altermondialiste ? Non plus. Mais j’en ai marre des gens qui se tapent dessus pour un oui ou pour un non. J’en ai assez de savoir que des enfants meurent de faim, là-bas, un peu plus loin. J’en ai ma claque de voir des femmes traitées comme des moins que rien, claquemurées dans un voile et une phallocratie idiote. J’en ai ras le bol d’entendre des histoires de personnes sans papier. Et j’en ai le dégoût de bien d’autres encore. non pas que je joue l’autruche, me fermant à tout cela. Mais je me sens si démunie devant cette misère incoercible, cette détresse humaine créée par d’autres humains. Que sommes nous donc pour nous faire tant de mal les uns aux autres ? Humains, trop humains ! C’est à désespérer du genre. Qu’avons-nous donc qui nous rend si méchants envers notre prochain ? Il y a de la place pour tout le monde, il y a de quoi manger pour tous. Qu’est-ce que cela veut donc dire cette frénésie à vouloir pour soi. Honte à nous, pauvres moucherons de l’univers. N’en finira-t-on donc jamais de cette horreur ? Nous qui sommes capables du meilleur, du beau, de l’ineffable, nous nous couvrons de salissures avec nos petites pensées mesquines, qui reportées à l’échelle mondiale engendrent des guerres, des génocides, des crises financières. Cela cessera-t-il un jour ? Quand ? Moi je n’en peux plus de toute cette noirceur. Et ne venez pas me parler d’un au-delà meilleur, les arrières mondes ne m’intéressent pas. C’est ici et maintenant que je voudrais que cela soit bien. Que cela soit doux. Que cela soit un jardin où chacun puisse s’épanouir. Un jardin de curé, où les folles herbes poussent entre les choux et les roses. Utopiste moi ? Bien sûr, comment survivre autrement dans tout ce bourbier, comment encore espérer une prise de conscience collective pour le bien être de tous ? Je ne vois pas l’issue et il me semble pourtant qu’il faudrait la trouver. Nous nous asphyxions de nocivité, que laissera-t-on aux suivants ? Une terre délabrée ? Sûr mais surtout une Histoire de pinaillage, de mesquinerie. C’est de cela dont j’ai surtout honte. Que nous nous soyons trompés sur le progrès, c’est une autre chose, apprentis sorciers nous sommes, mais quand ce progrès va dans le sens d’un mieux être, ne lui jetons pas la pierre. Bien sûr nous avons transformé la planète, l’écosystème est chamboulé, mais franchement je ne voudrais pas revenir à l’âge des cavernes. Ni au Moyen Age. Non le temps présent m’apporte des possibilités que je ne voudrais pas voir disparaître. Comme dans les Visiteurs, cela m’a toujours semblé terrible de revenir en arrière quand on a connu le maintenant. Oh, bien sûr, j’aimerais une bulle à voyager dans le temps, pour voir comment c’était avant. Comment vivaient les Grecs sur l’Acropole, comment travaillaient les bâtisseurs de cathédrale, comment Montaigne lisait dans sa tour de pierre, comment, et encore comment. Pour voir, pour sentir, pour comprendre, pas pour y vivre. Je suis de mon époque et me désole qu’elle n’avance pas plus vite pour le bien être de l’humaine condition. J’ai des colères étouffantes que je ne peux évacuer. On me répond démocratie. Mais quand arrêtera-t-on de regarder le bout de nos chaussures au lieu de voir le chemin ? Quand arrêtera-t-on de cataloguer les personnes par appartenance à un pays, à une couleur, à une religion, à une culture. Nous sommes du bout de terre où nous vivons, point. Si nous sommes en ce petit village de France, nous sommes français. Mais si pour des raisons nous avons désiré vivre en Afrique, alors nous sommes africains. Que veut dire cette identité nationale qu’il faut trimbaler comme une casserole ? Le soleil se lève pour tous, arrêtons cette pingrerie d’appartenance. Et d’avoir. Je supprimerai les héritages et les possessions autres que celles du rire et des connaissances. Encore plus radicaliste que les communistes les plus intégristes. Je ne suis d’aucun parti. Ou comme disait si bien Barbara, je suis pour les soleils couchants et les forêts profondes. Oui, je suis pour tout ce qui réjouit le cœur, mais pas pour un conformisme de bon aloi. La planète nous appartient tous, zut. Nous en sommes locataires. Alors que veut dire posséder son lopin de terre, ses murs, sa vidéo grand format, sa maison de vacances…cela me met en rage quand me baladant sur la côte je vois toutes ces maisons fermées alors que d’autres couchent dans des tentes ou des taudis dignes du plus mauvais scénario moyenâgeux. N’avons-nous rien appris durant ces siècles ? Locataire, pas propriétaire, nous sommes de passage, arrivé là par hasard. Cela n’empêche en rien l’amour de l’endroit où l’on est, comme l’amour d’ailleurs. Utopie mon amie, aide moi à supporter ces miasmes. Mais on te dit imaginaire, irréalisable. Je me fais Don Quichotte des idées. Je préfère les rêveurs aux financiers, Imagin plus que le CAC40.
Humanisme sentimental, je l’avoue et le revendique, mais d’un humanisme où l’homme se transforme par goût et par joie. Laissons la Raison à la maison, la Putain du Diable à ses délires mesquins, et ouvrons nos cœurs à plus de tendresse et de joie. Nous pouvons le faire et nous devons le faire si nous voulons sortir du bourbier, laisser une histoire digne à nos petits. Utopie mon amie, je te souris, tu me soutiens, tu me prends la main pour écrire ces mots. Elle est là, tout près de moi, pour me souffler que si jamais, ô chance, vous pouviez réfléchir et fléchir dans vos convictions grâce à ces quelques mots, j’aurais gagné mon pari. Utopie mon amie, serres moi fort dans tes bras avant le grand bond.