Par un bel après-midi pluvieux, je feuilletais des bouquins lorsque je suis tombée sur un Librio nommé « le guide des 100 romans incontournables » par Pierre Vavasseur. Lectrice forcenée depuis mon plus jeune âge, mais n’ayant eu personne pour guider mes pas en littérature, donc très éclectique, je me suis dit « chouette » un guide. Malgré un amour dévorant, il me manque des bases, et ce livre va m’aider à acquérir un semblant de suite logique.
M’ayant acquitté de ma dette envers la libraire, je feuillette le Librio. Numéro un : la princesse de Clèves par madame de Lafayette. Ah, ça commence mal, je ne le sens pas, enfin si c’est le premier, il faut commencer par celui là. Voyons voir un peu le résumé « les grandes histoires d’amour valent aussi par leur revers : et le plus fort de tous, le plus radical, en est le renoncement ». Mouais, pourquoi pas ? Je m’empresse de me rendre à la bibliothèque où je trouve la dite Princesse dans une belle édition, et je commence la lecture. Ouille, quel langage alambiqué ! Voyons voir, cela date de 1678. Un siècle après mon cher Montaigne, que je n’ai pas de peine à lire, mais là c’est difficile. Nous flirtons avec le passé simple et les négations à outrance n’allègent pas la lecture et la rendent même pénible. Persistons quand même, et tatata, la princesse amoureuse d’un aussi beau qu’elle, les autres sont tous moches ou sots, la pauvrette est mariée à un homme affable qu’elle n’aime pas, et l’autre, le chéri, promis à un grand mariage en Angleterre qui n’ose s’y résoudre, et la maman de ladite princesse qui lui fait promettre sur son lit de mort fidélité à son époux, car elle a bien vu, la fine mouche, le penchant de sa fille unique pour ce beau gentilhomme. Ça n’en finit pas, ils s’aiment mais ne se l’avouent pas, font semblant de. Même quand le pauvre mari meurt de sa belle mort, elle renonce par fidélité pris à un engagement pris auparavant. Youpi ! il est dans ce manuel que c’est une des œuvres les plus citées par les femmes. Quelles femmes ? Celles qui lisent, en premier, car pour se fader un tel roman, il faut lire. Les femmes qui ont toujours cru au prince charmant, le plus beau, le plus intelligent…les femmes qui auraient voulu être Princesse à la place de la Princesse, belle, des bijoux, à la cour, mais pas de boulot 5 jours par semaine, pas de vaisselle ni repassage, ni enfant à câliner pour un mauvais rhume plusieurs nuits durant. Oui, des femmes qui ont rêvé de vivre une autre vie que la leur. Je ferme le livre, même pas fini, O honte sur moi. Mais je n’ai pas envie de me faire mal, il y a tant de belles et bonnes choses à lire que ce n’est pas nécessaire d’insister. J’ai tenu 100 pages sur 250, c’est bien. Mon avis, si cela intéresse quelqu’un : les feux de l’amour à la cour. Géant, tout ce que j’aime. Nous aurions pu en rester là madame de Lafayette et moi. Mais non, ne voilà-t-il pas que la Princesse de Clèves entre en débat pour savoir si oui ou non il faut continuer à la mettre dans les programmes. Pour savoir si une postière doit avoir lu ce livre pour envoyer vos colis et vos mandats. Plusieurs grands pontes de la littérature et de l’éducation vont plancher tout un après-midi sur le sujet, un comédien va leur faire la lecture, et ils débattrons par la suite du bien fondé de ce livre dans les lectures obligatoires. Je rêve ou quoi ? En ce moment, les universités se débattent dans de noires profondeurs pour rendre l’instruction accessible, en ce moment des gens ne savent pas comment ils pourront payer leurs factures demain, en ce moment des enfants n’arrivent pas à suivre les cours normaux par incapacité du système à trouver d’autres méthodes et d’autres professeurs ! Mais les sommités discutent si oui ou non on persiste avec la Princesse de Clèves. Ne trouvez-vous pas qu’il y a là quelque chose de décalé ? Que celui qui a envie de lire madame de Lafayette le lise, mais qu’on laisse tomber la Poste avec cela. S’il faut pour recevoir le public avoir lu cela, quel est donc le public auquel la poste s’adresse ? Je n’avais pas remarqué que les Bureaux de Poste faisaient aussi salon littéraire d’un temps trépassé. Lorsque j’y vais, les charmantes personnes qui m’accueillent parlent de tout autre chose, et lorsqu’elles ont un moment pour plaisanter nous ne parlons pas des Feux de l’amour à la cour !