C’est le week-end, je pars dans le marais poitevin que je ne connais pas. Sur la route, les infos bien sûr. Je n’ai pas retenu le nom, mais un monsieur, style jeune politicien averti, un peu zébulon dans le genre homme qui fait tout et beaucoup, l’hyperactivité semble de mise pour réussir en politique. Bref, ce monsieur discutait de la crise, de la France et autres sujets de premier intérêt. Il a dit plusieurs choses déjà souvent entendues, et aussi une phrase qui me trotte dans la tête depuis, « tout le système politique s’est écroulé avec la chute du mur, et depuis la gauche n’a pas retrouvé son souffle vital ». Quelque chose d’approchant, mais qui me semble clair. L’Europe s’est construite sur les ruines du Mur, et le système s’est écroulé avec les pierres. Cela paraît juste. Mais doit-on reconstruire ce Mur de la honte pour retrouver une paix économique ? Je ne le souhaite pas. Mais c’est à méditer. Que nous a apporté le mur, ce clivage est-ouest. Et que nous a apporté la chute, l’écroulement d’une idéologie erronée, d’une utopie communiste. Mais qu’avons nous mis à la place ? Un narcissisme puéril, limite pervers. Et la Crise n’est que la crise d’adolescence d’un système défaillant. Où se cachent les psychiatres du monde pour nous aider à grandir, à devenir adultes responsables ?
Ma balade sur les canaux du marais fut gâchée par ces pensées trop prégnantes. De plus une image s’imposait à mon esprit, sans que j’arrive à la chasser. J’avais croisé la veille une jeune femme, de teint clair, aux beaux yeux gris, au français irréprochable sans aucune trace d’accent. Une jeune femme d’ici quoi. Seulement ses cheveux étaient cachés par un tchador. Je le revois très bien au fond de ma mémoire révoltée. Pourquoi ? Pourquoi faire cela ? Elle me rappelle les nonnes de mon enfance, dont la coiffe cachait la chevelure, et nous n’avions pas assez de curiosité pour imaginer des boucles brunes ou blondes sous cette gangue noire et blanche. Il en est de même de cette jeune femme, harnachée sous son tchador, caparaçonnée d’une idéologie déplacée. Simone, au secours ? Où sont les femmes ? Ont-elles déjà oublié la leçon du deuxième sexe pour se mutiler de la sorte ? Cette image me donne envie de pleurer, oui je voudrais autre chose, et plus jamais ça.