Durban II vient de finir, entâchée encore de lâchetés. Même là, rien ne peut être simple, et qu'on ne me dise pas que c'est la crise. Non, c'est l'âme tourmentée de certains qui créent des
conflits là où il n'y devrait y avoir que de l'espoir.
Laissons la politique et revenons aux livres. J'ai lu "d'autres vies que la mienne" d'Emmanuel Carrère. Je n'ai pas été très enthousiasmée au départ, parce que je l'avais entendu et entendu
dans de nombreuses émissions, au sujet de ce livre et du précédent. Le tapage médiatique est toujours à double tranchant, il peut donner envie ou l'inverse.
Après un début lent, où j'ai cru qu'il allait nous raconter sa crise existentielle de chute amoureuse, un peu rébarbative à mon goût, le livre prend sa vitesse de croisière. On suit le Tsunami,
pour ceux qui y étaient mais qui ne l'ont pas subi. Intéressant, sauf cette identité de classe qui revient en permanence. Bobos intellos, jugeants. Difficile de ne pas avoir envie de le gifler.
Bon on continue par la mort de sa belle-soeur. Et là tout change, le ton compatissant de la bonne classe est là, mais quelques réflexions rendent humain le narrateur. Les deux personnages
principaux de la deuxième partie, les deux juges malades, défendant les pauvres surendettés, pas par souci de morale, mais pour faire appliquer la loi, me font espérer d'un avenir meilleur. C'est
peut-être la cause profonde de la crise que nous tenons là. Ces crédits faciles à prendre, à des taux usuriers, pour des gens qui ne peuvent plus s'en sortir, pour des gens qui n'ont que la rue
comme avenir et qui tentent par tous les moyens de s'en sortir, de ne pas se noyer, pour eux, mais surtout pour leurs enfants. L'inégalité est criante, et le mode libéral touche ici à sa limite.
L'écrivain en parle peu, les juges si. Et je trouve cela juste. Mais pour monsieur Carrère, plus va le livre, plus va l'auteur. Toujours aussi bouffi d'orgueil de sa caste, de ses bonnes manières
et de son éducation, mais il livre des pans de son âme sans en tirer suffisance. Et je crois que pour lui c'est difficile. Son malheur le nimbe d'aura, mais là, parfois, il y a des traits
touchants. Comme ceci : Il y a 2 espèces d'hommes, ceux qui font souvent le rêve de tomber dans le vide, et les autres. Les seconds ont été portés, et bien portés, ils vivent sur la terre ferme,
s'y meuvent avec confiance. Les premiers souffriront toute leur vie de vertige et d'angoisse, du sentiment de ne pas exister réellement. Cette maladie du nourrisson peut perdurer longtemps à bas
bruit chez l'adulte, sous forme d'une dépression invisible, même par soi, et qui un jour devient un cancer. On n'est pas étonné alors, on le reconnait. On sait que ce cancer, c'était soi. Toute
sa vie, on a craint quelque chose, qui en fait , est déjà arrivé. .....
Je trouve cela magnifique, parce que mon cauchemard récurrent est de tomber dans le vide, et de n'exister pas vraiment mais d'être le rêve de quelqu'un. Comment ne pas me sentir touchée coulée
par ces phrases? Je vous souhaite de n'avoir jamais rêvé cela. Et que ceux qui ne comprennent pas le doute qui m'accompagne changent de blog. Tout est là.