Avez-vous vu mon amour ? Ma moitié ? Je tourne, je vire et ne la trouve guère.
Appuyé au mur, je verse des larmes de chagrin. Que serais-je sans elle qui vint à ma rencontre ? Je la revois encore, mon souvenir m'emporte, oui, je la revois si brillante, si douce, approcher de moi et me caresser les cheveux tendrement. J'ai dû rougir, je ne me souviens pas bien, je ne voyais qu'elle. Là devant moi, près de moi, elle reposait. Elle appuyait sa tête tout contre moi, avec une totale confiance qui m'étonne encore. Et puis chaque jour, elle s'arrachait à moi. Pour elle je virevoltais, pour elle je faisais danser la lumière dans les grains de poussière, pour elle je dansais un ballet toujours nouveau. Et elle, muette, attentive, m'observait de son doux regard, et puis à un moment, elle me tendait la corolle de sa robe de fée, sa robe de soleil, pour que je vienne la caresser de mes doigts tendres. Je déposais au creux de son cou un baiser si doux que les poils de ma moustache en frémissaient. Elle m'ouvrait ses bras ronds et recevait le fruit de mon travail dans un doux rire. Puis nous nous retrouvions cachés et heureux, dans les bras l'un de l'autre. Tout aurait pu durer ainsi fort longtemps, mais le destin en a décidé autrement. Hier, on l'a arraché à mon étreinte. Ses pleurs n'y purent rien, mes lamentations non plus. Et depuis je la cherche en vain. Où a-t-elle disparu ? Qui me la rendra ? Qui me renseignera ? J'envisage des scénari catastrophes, me vois aveugle et sourd au monde puisqu'on m 'a pris ma belle.
Je tourne, je vire, l'âme au bord du désespoir, seul, abominablement seul. Ma douce n'est plus là pour me recevoir dans ses bras, je m'effondre contre un substitut, un bout de carton pâte sans âme. Je renâcle, je fuis, je me dérobe et ne peut pourtant, ne pas toucher ce leurre. Le dégoût m'envahit, si ma vie se résume à ça, plutôt en finir. Mais comment s'éliminer lorsque l'on est un balai ? Seul dans mon cagibi, irrémédiablement seul, je cogite, je m'agite, sans aucun espoir. La porte s'ouvre, la lumière m'éblouit, je frémis, vais-je tomber en copeaux et ne plus supporter une telle fatalité ? Ma douce vient se blottir contre moi, elle est revenue, elle est là tout près, ma jolie pelle. Je l'enserre, la dévore de baisers, et rassérénés, nous nous endormons dans les bras l'un de l'autre. A tout jamais.